Pierre Richard ou le don des nues

« Tu n'es pas comédien, tu es un personnage »

DATE :
2 novembre 2018
HORAIRES :
1h
TARIFS :
Participation libre

INTERVENANT :

Lieu

Pizzeria Ô Garage   Voir sur la carte

« Tu n’es pas comédien, tu es un personnage »… Pierrot lunaire échevelé, distrait, timide et comme à l’étroit dans son corps, de fait souvent maladroit. Malchanceux ? Oui parfois, mais pas complètement… Car comme le dit à propos de l’homme, son frère d’armes Gérard Depardieu, Pierre Richard « n’est jamais une victime. Il traverse l’existence avec une extrême souplesse, intellectuelle et corporelle, doublée d’une largeur d’esprit ». Alors s’il peut s’avérer dangereux pour les autres, ça n’est jamais méchant ni gratuit. Il est avant tout un être profondément humain et toujours affable, perpétuellement étonné ou séduit – et l’on ne sait si son regard cristallin éclaire ses sentiments ou si ce sont plutôt eux qui adoucissent les traits de ce visage, lui donnant cet air de tomber des nues. Bref, il n’est pas un comique comme les autres. Irrésistible pour le public de plusieurs décennies et sur plusieurs continents, tel est de son vrai nom, Pierre-Richard de Fays.

Ce petit-fils d’un riche industriel du pays Chti aura su d’abord lutter contre sa propre classe et un destin trop bien tracé pour marcher dans les pas de son idole de jeunesse, le comédien américain Danny Kaye. Formé au théâtre classique par les meilleurs, il a d’abord brûlé les planches des caf conç’ avec son acolyte Victor Lanoux dans un drôle de duo façon Auguste et clown blanc. Des modèles où déjà, sa capacité à recevoir des claques sans ciller faisait merveille. Fut-ce son éducation stricte et religieuse, Pierre Richard sait se tenir et faire bonne figure en toute circonstance. Pas un personnage féminin qui ne craque alors face à ce faux dépressif chronique pourtant foncièrement optimiste, à tel point qu’aucun fier à bras, pas même le king Campana, ne lui résiste. Pierre l’antimatière…

Après des débuts très personnels et dans la droite ligne des meilleurs burlesques de l’hexagone, l’acteur s’est gentiment mis au service d’autres humoristes de sa génération : Yves Robert qui l’a fait véritablement débuter, puis l’a encouragé et a enfin starifié sa stature de grand blond. Raymond Devos. Robert ET Francis Veber, puis le comique plus acide du seul Veber, Gérard Oury, le Fangio du comique automobile ou le jeune surdoué Claude Zidi. Il a aimé jouer les malins avec le naïf Carmet, la comédie d’espionnage puis d’aventures. Son duo avec Gérard Depardieu est même devenu aussi célèbre que Bouvard et Pécuchet ou… la belle et la bête !

Il fut d’abord un comique engagé dans l’après 68 (ah le câlin comme arme létale contre la tactique du gendarme, l’ordre et l’autorité…) épinglant, comme avant lui Tati, les travers d’une toute fraîche société de consommation, où « Pierre Malaquet ne profite jamais » – à ses employeurs, que ses talents de communicateur avant-gardiste placent dès le départ face à une contradiction intrinsèque à leur système. Il est le plus souvent le gentil ou tout du moins l’insouciant entraînant tous les dérèglements, quitte à être un poil maléfiquement génial. Il a incarné aussi une nouvelle forme d’amant, doux, prévenant, rêveur, moins sexuellement libéré que comiquement libérateur. Un homme de son temps dans lequel une génération en transition – et qui elle n’avait pas fait la guerre – pouvait se reconnaître. C’est enfin l’idole des enfants mais d’enfants capables de montrer aussi les dents, des fois qu’on en ferait un peu trop son « jouet » (revoir son film le moins directement drôle contre l’aliénation par le travail et le chantage au chômage).

Peu à peu, « en allant faire des passes dans les palaces » comme aurait râlé un chanteur loubard des années 70, son comique a perdu – un peu – de son mordant et après l’échec d’un vieux concept comme Le jumeau -, il a eu à cœur de changer de registre, la vulnérabilité naissant désormais de la lucidité. L’élasticité s’est décontractée en fatigue naturelle et sereine. L’humour s’y estompe sous la mélancolie. La star avait même flambé ses royalties et ça a rajouté encore à son épaisseur dramatique. Il a pourtant paru disparaître, n’être pas assez célébré aux yeux nostalgiques des fans. Ou, comme le musicien virtuose du grand blond, n’avoir peut-être pas donné toute sa mesure ; rester toujours ce naufragé de Rozier et d’une époque elle-même à la dérive. Le beau vestige d’une génération l’ayant bien célébrée.

Pourtant dans le cynisme actuel et au fil des hommages qui lui sont rendus (Cinémathèque, textes des uns et des autres, triomphe de son spectacle où il révèle ses secrets de plateau dans une mise en abyme infernale), sa silhouette n’est que plus réconfortante. Cette absence de carriérisme, cette totale irresponsabilité face à la dictature de l’action et son éternelle disponibilité rassurent quand sa timidité,elle, soigne. Alors, en cette époque où tout va trop vite, reprenons un brin de légèreté, de cette grâce aérienne. L’élégance de Pierre Richard pour nous toucher ce soir encore…

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